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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 08:43

De retour de la côte Atlantique, où l'océan charie des centaines voire des milliers de cadavres d'oiseaux marins, surtout des Alcidés (famille d'oiseaux constituée de 10 genres et de 23 espèces, on retrouve parmi elles les mergules, guillemots, pingouins tordas, stariques et macareux). Depuis décembre dernier, les dépressions se succèdent dans l'Atlantique nord. La houle (des vagues de plus de 20 mètres) et le vent (des rafales à 179 km/h) sévissent depuis plus de deux mois et leurs effets sur les infrastructures humaines, mais surtout sur la faune commencent à se voir...

 

Il faut remonter à l'année 1984 (du 10 janvier à la mi-février) pour retrouver pareilles conditions !

 

"Des milliers de Mouettes tridactyles, de Guillemots de troïl et, dans une moindre mesure, de Pinguoins tordas, amaigris et épuisés sont venus s'échouer sur les côtes françaises de la Manche et de l'Atlantique : on a trouvé à cette époque 14 000 oiseaux morts. Ce désastre avait aussi été constaté sur les côtes ibériques et marocaines, où plusieurs milliers d'oiseaux ont été retrouvés échoués. Cette calamité a été provoquée par des conditions météorologiques très mauvaises sur le proche Atlantique : les vents moyens ont dépassés 60 km/h pendant 24 jours, 75 km/h pendant 12 jours, atteignant 120 km/h (avec rafales à 180 km/h) pendant 48h avec des vagues de 20 mètres. Dans de telles conditions, les oiseaux du large n'ont pas pu s'alimenter et ont dû lutter contre les éléments. L'épuisement et la famine les ont finalement tués en grand nombre."

Extrait de : "Les oiseaux et la météo, Norman Elkins ; édition D&N 2001",

chapitre concernant les échouages, page 181.

 

Mais cet hiver 2013/2014, les victimes principales sont les Macareux moines (Fratercula arctica) appelés aussi clowns de mer, le fameux symbole de la Ligue pour la Protection des Oiseaux.

 

Macareux moine H2 Olivier Vannucci

 

Cette espèce hiverne généralement très loin des côtes, au niveau de la fin du Plateau continental du golfe de Gascogne à plus de 70 kilomètres au large.

 

En période hivernale, la nourriture se faisant plus rare, il peut devenir partiellement planctonophage en complétant son régime alimentaire par de petits crustacés (copépodes) contenu dans le plancton. Les adultes dépendraient entièrement de cette ressource alimentaire.

C'est là qu'interviennent les phénomènes météorologiques (changements climatiques) et les modifications des courants marins pouvant déplacer les "réservoirs de nourriture" (eaux marines riches en copépodes). Les oiseaux ne s'alimentent plus, ils perdent leur réserve de graisse et finissent par mourrir de faim et d'épuisement.

 

Macareux moine Olivier VANNUCCI

 

Pour compléter le tout, des pétroliers en ont profité pour dégazer (de nombreux oiseaux présentent des tâches de mazout). Il se pourrait également que des restes de l'Erika soient remontés de "poches" stabilisées sur les fonds marins...

 

Dans les laisses, nous rencontrons aussi des habitants des profondeurs comme ce poisson : le Baliste cabri (Balistes capriscus).

 

Baliste cabri échoué Olivier VANNUCCI

 

Il vit essentiellement dans les mers tempérées à chaudes. Originaire des côtes nord-américaines, il est présent en Méditerranée, en Atlantique Est, de l'Irlande jusqu'en Angola, en Atlantique Ouest de la Nouvelle-Ecosse (Canada), des Bermudes en Argentine. Il est possible d'en rencontrer en Manche et en Mer du Nord, mais sa rencontre reste occasionnelle.

 

Il y avait aussi une Seiche commune (Sepia officinalis), ce céphallopode commun de nos côtes s'est retrouvé en compagnie des nombreux oiseaux échoués.

 

Seiche commune Olivier VANNUCCI

 

Ce jour là sur un transect de plus de 2 kilomètres, nous avons récolté Sam et moi plus de 168 Macareux moines, 47 Guillemots de troïl, 5 Pingouins tordas, 7 Mouettes tridactyles et 1 Fou de bassan. Je vous laisse imaginer l'ambiance qui règne sur cette plage entre cadavres d'oiseaux plus ou moins frais, odeur de mazout et tous les déchets plastiques déposés par la marée haute après le coup de vent...

 

Quelques Bécasseaux sanderlings s'affairent à fouiller le sable, certains d'entre eux présentent des ventres noirs de pétrole.

 

Par chance nous observerons un majestueux Goéland bourgmestre (Larus hyperboreus) qui nous survolera en compagnie d'autres goélands, il prendra part au festin que la mer est venu leur offrir. Lui aussi, il gardera une trace de de son passage sur la côte vendéenne sur la queue.

 

Goéland bourgmestre Olivier VANNUCCI

 

Olivier et Samuel.

 

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Published by Naturalistes - dans Littoral
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commentaires

Lucie 27/02/2014 18:33

C'est vraiment attristant de voir tant d'oiseaux décimés. Le petit macareux moine est tellement agréable à côtoyer quand il vient nicher à terre.