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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 07:00

Dans le top 20 des trucs à faire pendant qu'on peut, il y avait: voir le loup (sauvage bien entendu) en Europe.

Dans le top 15, il y avait : voir le loup (ouioui, sauvage, pas en zoo) en activité (reproduction, éducation des louveteaux, chasse, « chantant ») en Europe.

 

Et vous savez ce que c'est quand on a un truc en « top liste »...

 

Alors je me suis renseigné auprès de mon indic en matière de mammifère, le bien nommé Carlitos Dugaz (ne cherchez pas à le reconnaître, son nom a été changé) et celui-ci m'a dit:

« Te vu voer le louc ! T'a qu'a te n'allae a Vilardeciervos, o lé en Espagne, pi te cherche la grousse père bllanche. Pi quan te l'a trouvé, bé te rgarde la vallée qu'est en face. Pi te rgarde bé longtemps, passque pr voer le louc, faut être patient! »

 

Alor me v'la n'allé en Espagne... Pardon. Je suis donc allé en Espagne.

Après Noël (Noël, c'est en famille, on est bourré de principes...) le 26 décembre, on charge Claire et moi, le camion des jumelles, longue-vue et autres guides naturalistes, et c'est parti pour l'aventure!

On a croisé La Rochelle, Saintes, Bordeaux, les Landes et ses grues, le pays Basque et ses bérets, on a franchi la frontière ibérique à Hendaye et Irùn. On a été réveillé par un vol de Vautours fauves (une bonne centaine quand même!) et de grand Corbeau alors qu'on passait la nuit sur la côte cantabrique, et les milans royaux nous ont accompagné jusqu'à notre objectif: la vallée de la couleuvre..

 

DSCN0294

 

..

 

Dans « la sierra de la culebra » on y a cherché un village qui s'appelle « Villardecervios » (ça veut dire village de cerfs en castillan) et dans ce village de cerfs, il y a beaucoup de cerfs. Et qui est-ce qui mange les cerfs? Les loups!

On a mis une journée à trouver le caillou blanc de Carlito, et enfin, le 29 décembre dans l'après-midi, on sort Bibi la longue-vue, et on mate...

Superbe. Entre les vols de milans, on découvre pas loin de trente cerfs et biches, d'âges et de tailles différents. Jusqu'à voir celui qu'on nomme le roi de la forêt, un vieux dix cors (ça veut dire que les bois ont dix ptits picos en fait, et dix, c'est beaucoup...) le tout dans un paysage de landes rocailleuses. En voyant ce paysage, c'est une musique d'Enio Morricone qui vient en tête.

 

lobo2013 1444

 

 

Mais pas de loup. On fait nos réserves au supermercado de Villar, et on retourne au caillou pour dormir.

Le réveil sonne à 7h30 le 30. A 9h, on sort observer (c'est les vacances quand même!) alors que le brouillard se lève tout juste. Des Milans, des corneilles, et des cerfs, plein de cerfs! Jusqu'à 13h, pas de loup à l'horizon. On décide de se balader autour du lac voisin. C'est plein de traces de cerfs, des lichens, et les paysages sont à couper le souffle. Quelques grand cormorans et Bruant fou pour changer un peu, et à 16h, on y retourne. Quand la nuit tombe, on a un peu l'impression d'avoir la longue vue de greffée à l'oeil, et toujours pas de loup dans la rétine...

 

Jour trois le 31 décembre. On recommence, à 8-9h, on se revisse la longue vue, cette fois accompagné de deux andalous venus eux aussi voir la bète. L'un d'eux a déjà eu la chance de le croiser en randonnée. Une rencontre furtive qui lui a donné envie de l'observer un peu plus. Il m'explique que ce site est très réputé pour les obs de loups, il est connu qu'une meute vit dans cette vallée, juste devant nous.

Nos deux co-observateurs prévoient d'être présents jusqu'au mercredi 3 janvier. A trois, le temps d'observation nous semble moins long, et surtout, on est rassuré: on ne s'est pas trompé de site! Le loup est bien -potentiellement- présent! Dés 10h30 le brouillard nous oblige a arréter l'observation, et, alors qu'un des andalous nous explique que le temps sera à la pluie et au brouillard toute la journée et toute la nuit, on se pose la question de rester ou non. La pluie est physiquement plus redoutable que le froid sec qu'on a pu endurer avec nos multiples couches de vêtements cagoules et chepka, et surtout, empèche toute bonne observation (manque de lumière et brume de pluie...).

Nous profitons(?) de la pluie pour visiter une ville proche (Benavente) pour avoir un peu d'informations sur la vie des gens ici (ben oui, on est pas que des bètes Bon Dieu!), c'est vrai que depuis trois jours, on se demande de quoi vivent les habitants de la région. L'agriculture n'a l'air que vivrière, peu de traces d'élevage, encore moins de céréales ou de maraichage, à part les cailloux, rien ne semble pousser.

A Benavente, on n'y trouve rien qui nous plait. Office du tourisme fermé, une librairie ou nous ne trouvons comme info sur la région qu'un atlas routier Espagne et Portugal. Je sais pas si c'est la recherche du loup ou autre chose, mais la ville ne nous donne pas du tout envie. Trop de gens, trop de choses. Nous, ce qu'on veut, c'est personne et du silence. Retour vers les landes!

On découvre un petit sentier de randonnée qui traverse une partie de la sierra culebra. On s'y promène jusqu'à une « hutte » ronde, couverte de brande sauf en son centre, de manière à former une sorte de rond de mur de pierre avec un préeau de chaume. Le préeau est bienvenu, car il se remet à pleuvoir. On repart non sans avoir posté un piège photographique sur ce qui semble être la passée d'un blaireau.

Nous sommes de retour à la nuit, et nous réveillonons au chorizo et au riz. Bonne année 2013 à tous.

La dernière chance. Le dernier jour d'obs. Je sais pas si c'est ce qui me motive, mais le premier janvier 2013, à 8h30, j'ai la longue vue vissé à l'oeil gauche (le droit dort encore) et je suis prèt à montrer au loup récalcitrant que je serais la jusqu'à la dernière minute de la période que Claire et moi nous nous étions réservée à l'obs du loup. J'étais d'autant plus motivé qu'en partant vers le spot, la météo était superbe! Un super ciel bleu et clair... Mais pour avoir la suite, je vous ai fait un copié collé d'un passage du mèl de remerciements envoyé à Carlos Dugaz (c'est quand même grâce à lui que tout est arrivé!), je pense qu'elle est assez parlante.

 

« Bon ben mon Carlito, je profite d'une connexion sur l'hotel pour te renouveler mes meilleurs voeux, et te re-remercier pour le spot!

C'est du 29décembre au 1er janvier que nous avons garé le camion sur le chemin, et que nous avons passé Claire et moi nos matinées et nos fins d'après midi à observer les cerfs (déja un spectacle magnifique...) Il n'y en a qu'un seul, le 31 ou la météo trop brumeuse et pluvieuse nous a empêché de se visser la léica à l'oeil.

Et enfin, la délivrance le jour de l'an. Alors que deux espagnols du coin nous ont rejoint, vers 10h je vois très loin un groupe de quatre à cinq bêtes qui en effet se révèlent être des loups! Ils se chauffaient au soleil sans avoir l'air trop stressé de la vie (retour de réveillon?)... Ils étaient éloignés, et dans la lande, l'obs n'était pas évidente.

Claire (partie faire chauffer de l'eau pour le pti dej) allant manquer la bète, je profite un peu de l'obs (quand même!)et courre (enfin courrir comme seul je sais le faire, marcher vite quoi...) la chercher. 

En arrivant, l'un des espagnols m'explique que c'est 7 loups qui sont devant nous, dont trois jeunes de l'année (marron unis) et le vieux mâle chef de meute. Les autres ne sont pas forcément remarquables (enfin ce sont des loups quand même!..) 

L'ami andalou était déja bien excité par l'obs quand on remarque que la meute de loups se rapproche d'un troupeau de cerfs et biches. Ils s'approchent au début doucement et ensuite d'une belle foulée vers le troupeau qui, les ayant repéré se met à courir dans leur direction (me demande pas pourquoi dans la direction des loups, je ne comprend pas...) c'est vite raconté, mais le temps de les voir sauter, courir à travers la lande, disparaitre, réapparaitre plus loins, etc, ça prend un bon moment (obs totale avec Claire, donc avec ce qui va suivre: 7 à 10 minutes!!!)

et là, un truc de fou digne d'un reportage de ton chef cassegrain du trou: Les loups se séparent et encerclent le troupeau, et lui donnent la chasse (autant te dire qu'à ce moment là l'espagnol ne tenait plus debout en criant GUAPO TIO! EL LOBO! THE WOLF! EN CAZA! GUAPO!, et moi, j'en avait perdu la parole, et ce n'était que de la bave et des sons gutturaux qui sortaient de ma bouche...) Malheureusement, la course s'est continuée (et terminée?) derrière une colline, et pas d'autre obs ensuite (en même temps, je pense qu'on a été largement gaté!)

En discutant ensuite avec les espagnols, ils me disaient ne l'avoir vu qu'en maraude, en passage, et souvent un par un, et la dernière obs datait du 12 décembre, autant dire qu'on a eu une chance phénoménale...

 

Autant te dire qu'en te réécrivant ça, même le lendemain soir, j'en tremble encore...

J'espère que j'en tremblerais moins en te racontant ça de visu, mais j'en suis pas certain...

 

bises en attendant, et à très vite!

Claire et Samuel. »

 

Voila! C'est fait, et quand on a en même temps éliminé une tache de sa liste top 20 et top 15 des trucs à faire pendant qu'on peut, on est un peu sur un nuage...

On est le premier janvier, alors on envoie quand même deux trois voeux par texto surtaxés (on est vraiment bourré de principes!), et on se décide à quitter le caillou blanc en début d'après-midi pour remonter vers Ourense. On a vu qu'une chambre d'hôtes Accueil paysan proposait un hébergement dans la vallée de la Sil (canon de Sil). Nous faisons la route enjoués et guillerets, en se répètant qu'on en a vu sept d'un coup!

Arrivé à la chambre d'hôtes (je vous passe les habituelles galères de routes, trouver son chemin, etc...) le paysan accueillant nous explique qu'il est fermé en janvier... Notre bonne humeur féroce nous fait prendre ça avec philosophie, et nous trouvons un parking sur une belle situation pour manger et nous coucher en imaginant la superbe vue que nous aurons au réveil.

Le lendemain matin, la vue est à la hauteur de ce qu'on imaginait. Une mer de nuages sur le canon nous accueille à la sortie du camion, et nous profitons d'une bonne marche pour atteindre un point de vue sympa pour les photos.

Après un petit dèj', nous faisons route en fin de matinée vers Santiago de compostela (ben oui, on fait aussi du tourisme non naturaliste!).

La ville nous est toujours aussi désarmante, et l'or et le luxe dégoulinant de la cathédrale, malgré notre attirance pour le chemin de St Jacques, nous dégoutte un peu et nous fait regretter le caillou blanc et sa terre rouge. Nous profitons tout de même des offices de tourisme pour réserver une « casa rural » une auberge à Ordes, ville à une petite heure de route vers A Coruna.

Après une semaine de camion, le luxe de l'auberge et surtout de la douche nous ravissent (ben oui, dégoutté par le luxe des églises, mais quand le luxe est pour nous, pas dégoutté du tout!).

Une grillade de poissons et poulpes nous change agréablement des pâtes:chorizo et des riz/chorizo de tous les jours, et nous profitons des prises de courant et de la connexion internet pour trier nos quelques photos, commencer le compte rendu, et relever/envoyer quelques mails. Une nuit dans des draps secs et propres, dans un lit ou je tiens alongé de tout mon long, et c'est rechargé à bloc, après un petit dej' que nous repartons vers la France, bien décidés à profiter de la côte galicienne et basque.

Première pause vers 13h30 le deux janvier à Reinante, Gallice.Nous nous baladons sur les falaises en profitant des fringiles, et des premières fleurs.

Nous continuons vers Bilbao, en avalant les kilomètres et en nous arrêtant dans une cafeteria pour mannger des plats « surprise » (vu qu'on ne comprend pas la carte, on pense commander des pâtes, mais mangeons tripes au pois chiches, épinard surimi et poivrons farcis à la crevette...). Nous nous arrêtons sur un parking de la réserve de biosphère de Urdaibai vers 23h30, bien heureux de pouvoir nous coucher.

Réveil sur une plage basque (plage de laga), le paradis n'est pas loin de ça... goélands, corneilles, cormoran huppé... nous remontons vers les falaises de Elantxobe, pour un pti dej' face à un autre paysage. 

 

Samuel et Claire.

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Published by Naturalistes - dans Europe
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commentaires

Gaëlle 11/02/2016 16:26

Bonjour à tous les deux,

Merci pour toutes les infos sur votre passage dans la sierra de la Culebra.
Je pars là-bas samedi prochain dans l'espoir d'observer des Loups. Pouvez-vous me dire où se situe le "caillou blanc de Carlito" car je ne trouve aucunes autres infos sur ce site ?

Merci d'avance,

Gaëlle
mayacausay@hotmail.com